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Quel gâchis !

48 minutes ago
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Le rôle historique du Sénégal, et particulièrement de Saint-Louis et de Dakar, dans l’administration coloniale française en Afrique de l’Ouest est incontestable.
La plupart des premiers dirigeants de l’Afrique francophone ont effectué une partie de leur formation au Sénégal, notamment à Saint-Louis, ville historique ouverte sur l’Atlantique.
Le Prytanée militaire de Saint-Louis porte le nom de Capitaine Charles N’Tchoréré depuis 1973, un Africain du Gabon.
C’est ce Sénégal qui accueillit le terminus du train Dakar-Kayes-Bamako-Niger. Une ligne ferroviaire qui rappelle une ville, Thiès, symbole de la symbiose avec des populations venues de l’Afrique subsaharienne, notamment du Mali.
Dans cette « ville aux deux gares » et ses environs, on retrouve des quartiers, des expressions culturelles et même une ville en plein essor- Malicounda-, sorte de cordon ombilical symbolique indéniable entre le Mali et le Sénégal.
La Mauritanie, au nord, les deux Guinées et la Gambie, au sud et au sud-est, constituent une union sacrée entre des populations que des frontières tracées à partir de Berlin ont brusquement séparées, mais qui refusent de subir des lignes de démarcation qu’elles découvrent sans les comprendre, encore moins les accepter.
La Casamance naturelle, de manière générale, est un cordon ombilical socioculturel entre le Sénégal, la Gambie et les deux Guinées.
Le Nord et le Sud-Est jouent le même rôle avec la Mauritanie et le Mali.
Cependant, ces liens ne signifient pas que les frontières ou les nationalités n’ont aucune importance.
Il s’agit simplement de montrer que les frontières politiques ne suppriment pas les solidarités historiques.
Parler aujourd’hui de xénophobie au Sénégal peut sembler paradoxal. Comment ce pays, longtemps présenté comme une terre d’accueil pour des populations persécutées ou confrontées à la précarité dans leur pays d’origine, peut-il être associé à un tel phénomène ?
La question mérite pourtant d’être posée, précisément parce que l’histoire et la géographie humaine du Sénégal nous invitent à la vigilance.
En effet, si l’on en parle de cette manière aussi pressante, c’est parce que ce phénomène est en train de devenir une réalité dans ce pays où un groupuscule de citoyens ont décidé d’imposer une autre image du Sénégal.
Cette image est la même que partout, où des citoyens, se considérant comme plus légitimes par on ne sait quelle raison, ont décidé de se baser sur des critères subjectifs et dangereusement sectaires pour remettre en cause-sans être délégataire d’aucun pouvoir légal-, le statut de citoyenneté à d’autres.
Procéder de cette façon, c’est verser dans l’injustice. Si l’on s’attaque à de pauvres innocents, c’est encore pire.
Vol de pièces administratives. Communautarisme. Détestation du pays d’accueil.
Et quoi d’autre encore comme griefs?
Aucune des raisons avancées n’est le propre des Peuls de la Guinée. Tous les reproches qu’on leur adresse, s’ils sont fondés, sont donc également valables pour d’autres étrangers et des Sénégalais vivant à l’étranger.
En effet, il n’existe aucun instrument pour mesurer le degré d’amour ou de désamour d’une communauté étrangère à l’endroit du pays d’accueil.
Une personne juste doit appliquer à toutes et à tous le même principe d’individualisation des responsabilités.
En France, à Château Rouge, par exemple, il suffit de demander où se trouvent les Sénégalais pour avoir la bonne adresse.
Dès qu’on s’approche du lieu, on comprend facilement qu’on est arrivé à la bonne destination.
Pour parler du contexte, le jour du « Bercy de Youssou Ndour », les lignes de métro menant au lieu de la manifestation sont bondées de Sénégalais qui peuvent y parler leur langue et exprimer leur culture sans crainte ni angoisse d’être indexés.
Ces comportements ordinaires d’étrangers dans tous les pays ouverts ne devraient pas être considérés comme suspects, encore moins en raison de la seule origine des personnes concernées.
Il existe partout dans le monde des restaurants qui s’appellent « Petit Dakar », « Wiri-Wiri », « Pointe des Almadies », « Dibi », « Thieb House», « Joloff Restaurant », etc. où l’on affiche « Ceebu Jën », « Yassa » et j’en passe,  dans une ambiance de mbalakh, avec une clientèle majoritairement sénégalaise.
Le quartier surnommé Little Senegal, ou Petit Sénégal, qui se situe à Harlem, dans le nord de Manhattan, est connu pour la forte présence de Sénégalais et d’autres communautés originaires d’Afrique de l’Ouest.
Cela a même inspiré un célèbre film réalisé par Rachid Bouchareb.
Les Sénégalais établis à l’étranger, à l’instar de tous les immigrés du monde, développent eux aussi des espaces de sociabilité communautaire et des pratiques culturelles visibles, parfois même bruyantes et spectaculaires.
Toutefois, il faut distinguer la préservation d’une culture, qui n’est pas en elle-même condamnable, du communautarisme lorsqu’il se traduit par l’ingratitude le rejet des autres ou un refus de respecter les lois du pays d’accueil.
Peut-on objectivement et exclusivement classer les Peuls originaires de la Guinée, dont des Sénégalais à part entière, dans l’une de ces deux catégories?

Pr Amadou Sow
Enseignant-chercheur
Faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation (FASTEF)
UCAD

Tags: dakarSaint Louis
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