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SÉNÉGAL : LES DERNIÈRES ADJUDICATIONS CONFIRMENT QUE LA RESTRUCTURATION DE LA DETTE DEVIENT INÉVITABLE

1 heure ago
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SÉNÉGAL : LES DERNIÈRES ADJUDICATIONS CONFIRMENT QUE LA RESTRUCTURATION DE LA DETTE DEVIENT INÉVITABLE
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Depuis plusieurs mois, nous alertons sur l’impasse financière dans laquelle s’enfonce progressivement le Sénégal. L’État est confronté à un déficit budgétaire élevé, une dette publique excessivement lourde, un service de la dette absorbant une part croissante des recettes fiscales, une dépendance permanente au refinancement et une dégradation de la confiance des investisseurs.

Comme nous l’avons montré dans notre Bilan économique du Président Diomaye (2024-2025), les difficultés observées sur le marché régional ne sont pas isolées. Le poids de la dette, les difficultés dans les discussions avec le FMI, les Total Return Swaps (TRS), les dégradations de la notation souveraine et le recours permanent au refinancement ont conduit les investisseurs à exiger des primes de risque beaucoup plus élevées.

Des adjudications de plus en plus révélatrices

Le 17 juillet 2026, le Trésor recherchait 100 milliards de FCFA mais n’en avait retenu que 90,25 milliards. Plus de 62 % des ressources mobilisées portaient sur des échéances inférieures ou égales à un an. Surtout, près de 82 % des offres sur les OAT à trois ans avaient été rejetées.

Le 31 juillet, le Sénégal a mobilisé 71,5 milliards pour 65 milliards recherchés, mais à des rendements toujours élevés : 7,65 % à un an, 7,95 % à trois ans et 8,17 % à cinq ans.

Le 6 août, sur 55 milliards recherchés, le Trésor a retenu 60,5 milliards, dont 17,05 milliards à six mois et surtout 43,45 milliards à un an, soit près de 72 % du total. Les rendements ont atteint 6,94 % à six mois et 8,20 % à un an.

Le Sénégal trouve donc toujours des prêteurs, mais à des taux élevés et sur des maturités de plus en plus courtes.

Une prime de risque sénégalaise exceptionnellement élevée

La comparaison avec les autres pays de l’UEMOA est particulièrement révélatrice.

Alors que le Sénégal emprunte à 8,20 % à 364 jours, des émissions comparables ressortent autour de 3,46 % pour la Côte d’Ivoire et 4,13 % pour le Burkina Faso.

L’écart atteint ainsi 4,74 points avec la Côte d’Ivoire et 4,07 points avec le Burkina Faso. Plus significatif encore, la demande pour les titres burkinabè a représenté environ 2,4 fois le montant recherché, contre seulement 1,13 fois pour le Sénégal lors de l’émission du 6 août.

Le cas du Burkina Faso est particulièrement frappant. Ce pays est confronté depuis plusieurs années à une guerre contre les groupes armés et à une situation sécuritaire extrêmement difficile. Malgré ce contexte, il parvient à emprunter à un an autour de 4,13 %, pratiquement deux fois moins cher que le Sénégal. Cette comparaison montre à quel point les investisseurs appliquent aujourd’hui une prime de risque élevée à la dette sénégalaise.

Ces pays appartiennent pourtant à la même union monétaire, utilisent la même monnaie et sont soumis à la même politique monétaire de la BCEAO. Ces écarts ne peuvent donc être principalement imputés aux conditions monétaires régionales.

Ils traduisent une prime de risque spécifique au Sénégal et une dégradation de la confiance des investisseurs dans la trajectoire de ses finances publiques.

Le paradoxe des OAT à trois ans et les TRS

L’adjudication du 14 août apporte un élément supplémentaire particulièrement troublant.

Sur 70 milliards recherchés, le Sénégal a reçu environ 110,1 milliards de soumissions et en a retenu 77 milliards. Mais le Trésor a retenu 54,4 milliards à un an, 21,68 milliards à cinq ans et seulement 200 millions sur les OAT à trois ans, alors que près de 31,9 milliards avaient été proposés sur cette maturité.

Le taux d’absorption des OAT à trois ans tombe ainsi à moins de 1 %.

Le paradoxe est remarquable : pourquoi refuser massivement une dette à trois ans moins coûteuse tout en acceptant presque intégralement une dette à cinq ans rémunérée autour de 8,20 % ?

Ce comportement renforce l’hypothèse d’un lien avec les TRS. Si des OAT à trois ans servent effectivement de garanties à ces opérations, une dégradation de leur valeur de marché pourrait, selon les clauses contractuelles, provoquer des appels de marge ou nécessiter des garanties supplémentaires.

Le Trésor pourrait alors avoir intérêt à éviter de valider des prix trop faibles sur cette maturité. Cette hypothèse reste à confirmer par l’examen des contrats TRS, mais la répétition du rejet massif des OAT à trois ans, alors que celles à cinq ans sont largement acceptées malgré un rendement supérieur, constitue désormais un indice sérieux.

Le risque de refinancement s’accroît

Le problème n’est donc pas encore l’impossibilité pour le Sénégal d’emprunter. La véritable question devient : à quel prix et pour quelle durée ?

Un État ne peut durablement financer des déficits structurels par des emprunts à six mois ou un an rémunérés autour de 7 à 8 %. Ces titres devront rapidement être remboursés ou refinancés.

Un cercle vicieux risque alors de s’installer : besoins de financement élevés, nouvelles émissions, maturités courtes, remboursements rapprochés et nouveaux besoins de refinancement.

La dette nouvelle sert progressivement moins à financer les investissements productifs et davantage à rembourser les échéances précédentes.

La restructuration devient difficile à éviter

Le Sénégal ne pourra stabiliser durablement sa dette en remplaçant continuellement les anciennes échéances par de nouveaux emprunts plus courts et plus coûteux.

La restructuration ne signifie pas nécessairement un défaut. Elle peut combiner allongement des maturités, rééchelonnement des remboursements, périodes de grâce, réduction des taux d’intérêt ou échanges de titres, afin de diminuer le service annuel de la dette.

Le récent soutien de la Banque mondiale, avec 340 milliards de FCFA de financements et un cadre de partenariat sur dix ans, constitue un signal positif. Mais ces financements ne peuvent résoudre à eux seuls un problème structurel de soutenabilité de la dette.

Quel chemin pour sortir durablement de la crise ?

Les adjudications successives depuis le 17 juillet constituent une série d’avertissements. Le marché régional reste ouvert au Sénégal, mais il lui applique une prime de risque exceptionnellement élevée et privilégie largement les maturités courtes.

La comparaison avec le Burkina Faso est à cet égard saisissante : un pays confronté à la guerre et à une grave crise sécuritaire réussit actuellement à emprunter à un an autour de 4,13 %, contre 8,20 % pour le Sénégal. Ce différentiel montre que la question centrale est désormais celle de la crédibilité financière et de la confiance accordée à la trajectoire des finances publiques sénégalaises.

Une restructuration ordonnée de la dette, un redressement budgétaire crédible et la conclusion d’un accord avec le FMI apparaissent désormais comme les trois piliers indispensables pour restaurer la confiance et remettre les finances publiques sur une trajectoire soutenable.

Ces mesures seront probablement impopulaires. Elles ne devraient pourtant pas conduire le Président de la République à les écarter, même dans un contexte particulièrement délicat pour son avenir politique. Reporter les réformes indispensables pour préserver un avantage politique à court terme risquerait d’aggraver la crise et d’en accroître le coût économique et social.

Plus la restructuration est retardée, plus les échéances courtes s’accumulent et plus la sortie de crise risque d’être coûteuse. L’histoire retient davantage les dirigeants qui ont eu le courage de prendre les décisions difficiles lorsqu’elles s’imposaient que ceux qui les ont repoussées.

Pr Amath NDIAYE
FASEG – UCAD

Tags: restructuration
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