Chaque année, d’aout à octobre, les mêmes images reviennent dans plusieurs contrées du pays notamment dans les villes les plus peuplées du Sénégal telles que Dakar, Keur Massar, Touba et Saint-Louis.
Face à cette situation force est de constater que des maisons sont englouties sous les eaux, des familles déplacées, des routes coupées, des commerces détruits, des infrastructures sociales, sanitaires et scolaires sont inaccessibles.
Au Sénégal, les inondations ne sont plus un phénomène exceptionnel et il est regrettable de constater qu’elles sont devenues une crise permanente.
Loin d’être une fatalité naturelle, les inondations sont le résultat de l’action anthropique combinée aux effets du changement climatique posant ainsi une question centrale: comment vivre avec les eaux et sans les subir?
Cette contribution s’articulera autour de trois axes phares: d’abord nous analyserons les causes des inondations, ensuite leurs conséquences, et enfin quelques solutions durables proposées par l’État du Sénégal à travers l’Opération Pré-Hivernage (OPH).
LES CAUSES DES INONDATIONS
Les causes sont multiples, mais on peut les classer en trois catégories.
A. Les causes naturelles
Le Sénégal a un climat avec une saison des pluies courte de trois mois mais très intense. En quelques heures, il peut tomber plus de 150mm de pluie. De plus, beaucoup de nos villes sont construites dans des cuvettes naturelles, des zones non aedificandi.
À cela s’ajoute la remontée de la nappe phréatique: le sol est déjà saturé d’eau et ne peut plus absorber. De même que la bétonisation plus accrue de nos rues en pavées sans prendre en compte les pentes hydrogéologiques et les réseaux d’assainissement.
Enfin, le phénomène du changement climatique qui rend les pluies plus violentes et imprévisibles bouleversant toutes les mesures préventives initiées par les services en charge de l’assainissement.
B. les causes anthropiques:
Les causes anthropiques demeurent la principale responsabilité et regroupent les deux tiers du problème.
Premièrement, l’urbanisation sauvage ou anarchique: on construit dans les zones non-aedificandi, c’est-à-dire là où il est interdit de construire bloquant ainsi le chemin naturel de l’eau. Certains marigots ont été fermés et les bas-fonds qui servaient d’éponges naturelles sont remblayées, lotis et transformés en zone d’habitation.
A celà s’ajoute, l’incivisme: les canaux d’évacuation sont bouchés par les déchets organiques et plastiques. Les ordures ménagères, les sachets plastiques, les carcasses des animaux morts, des pneus et gravats bloquant ainsi la circulation de l’eau.
C. Les causes techniques et institutionnelles
Dans plusieurs communes, il n’existe pas de plan directeur d’assainissement ni de plan d’urbanisme détaillé respecté par tous. L’absence d’une bonne coordination entre les acteurs notamment la Mairie et les services en charge de l’assainissement. Les réseaux d’assainissement sont insuffisants, mal entretenu et mal dimensionnés. Nous notons dans plusieurs zones l’absence du curage systématique avant l’hivernage qui devait revenir à certains collectivités territoriales et à l’ONAS.
II. LES CONSÉQUENCES DES INONDATIONS
A. Conséquences économiques et sociales
Parmi ces conséquences nous pouvons noter l’effondrement de plusieurs habitations et la destruction des biens des familles victimes. Les commerces sont fermés, les routes sont coupées, les enfants ne peuvent plus aller à l’école. Les activités sont au ralenties et les familles les plus pauvres sont obligées de se déplacer de leurs zones.
Pour l’État, le coût est énorme: l’achat de motopompes pour le pompage systématique, la mise à disposition du carburant, le relogement périodique dans des centres d’accueil ou des écoles avec un accompagnement en aide alimentaire.
B. Conséquences environnementales
Les eaux pluviales polluent les puits, détruisent les cultures et dégradent les sols. À long terme, elles créent des tensions sociales et des conflits fonciers car les populations fuient les zones inondables.
C. Conséquences sanitaires
Elles sont plus dangereuses. Les eaux stagnantes deviennent des nids à moustiques qui transmettent des maladies. On peut citer l’exemple du paludisme et de la dengue. Le mélange des eaux usées et de l’eau potable provoque des maladies hydriques telles que: le choléra, la diarrhée, la typhoïde et les infections de la peau. On remarque que pendant l’hivernage, les postes de santé enregistrent une hausse des malades impactant financièrement les les victimes avec l’augmentation des dépenses médicales.
III. LES SOLUTIONS DURABLES
Pour lutter contre les inondations, il est primordial de changer de paradigmes et de méthode. Il ne s’agit plus seulement de pomper l’eau, il faut l’anticiper. C’est l’objectif de l’OPH: Organiser, Prévenir, Humaniser. Parmi ces solutions nous pouvons ressortir celles de prévention, celles de gestion et des solutions structurelles et durables.
A. Solutions de prévention avant l’hivernage (Février à Juin) demeure la phase essentielle et la plus importante.
1. Le curage systématique de tous les canaux existants et avaloirs avant les premières pluies.
2. La cartographie des zones à risque pour prioriser nos interventions avec l’utilisation des outils de la SIG.
3. La sensibilisation de proximité avec les parties prenantes, les OCB, Badienou Gokh, les ASC et les associations et organisations de jeunesse.
4. Le respect strict de l’interdiction de construire dans les zones inondables avec l’utilisation optimale de l’outil « Moytou Mbeund » initié par la Direction de Prévention et de la Gestion des Inondations (DPGI). L’intervention systématique des services de la DGCOS et des services techniques de la mairie.
B. Solutions de gestion pendant l’hivernage (Juillet à Octobre)
1. Pré-positionner des motopompes dans les quartiers à risque.
2. Mettre en place un comité de veille et de surveillance c’est à dire un système d’alerte précoce via les réseaux sociaux WhatsApp, les radios communautaires et crieurs publics.
3. Créer des brigades communautaires OPH composées de jeunes formés pour dégager les voies d’eau en urgence.
C. Solutions structurelles et durables
Les solutions structurelles demeurent les meilleures pour une belle prise en compte des aspirations des populations. Elles découlent d’études sérieuses et d’une meilleure planification.
1. Construire des bassins de rétention: de grands bassins qui retiennent l’eau de pluie pour éviter qu’elle n’envahisse les maisons.
2. Utiliser des pavés perméables qui laissent l’eau s’infiltrer dans le sol des zones dédiées au lieu de ruisseler.
3. Reboiser massivement car les arbres absorbent beaucoup d’eau.
4. Mettre en place un réseau séparatif à la place des réseaux unitaires: séparer les eaux de pluie des eaux usées.
5. Construire des stations de traitement des eaux usées et des traitement des boues de vidanges pour une parfaite maîtrise de la chaîne de valeur de l’assainissement tout en encourageant l’économie circulaire.
6. Instaurer la responsabilité citoyenne avec une politique de sensibilisation et prendre des mesures coercitives pour les récalcitrants avec l’instauration de taxes. Ne jamais jeter de matières solides dans les canaux et participer aux journées d’investissement humain.
En conclusion, les inondations au Sénégal ne sont pas une punition divine. Elles sont le résultat de nos choix en matière d’urbanisme et d’aménagement de notre espace qui est un construit social et surtout de notre manque d’anticipation.
On ne peut pas empêcher la pluie de tomber, mais on peut empêcher que nos villes soient inondées. La solution ne se trouve pas seulement dans les motopompes, elle se trouve aussi dans l’équité territoriale. La multiplication des investissements et des services dans les autres régions du pays permettra aux populations de ne point faire focus sur les centres urbaines avec leurs lots de conséquences. Les solutions se trouvent donc dans la souveraineté de nos décisions et la résilience de nos communautés. Il faudrait dès lors disposer avec ordres selon une démarche prospective les hommes, les habitations, les équipements et les services en tenant compte des contraintes économiques, environnementales et sociales.
M. Alhousseynou SOW
Spécialiste en WASH









