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INTERVIEW E-MEDIA SÉNÉGAL : Fodé Samb analyse la Déclaration de Politique Générale

16 minutes ago
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INTERVIEW E-MEDIA SÉNÉGAL : Fodé Samb analyse la Déclaration de Politique Générale
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Parcours, financement du développement, évaluation des politiques publiques et Sénégal 2050

E-MEDIA : Bonjour Fodé Samb, merci d’avoir accepté notre invitation. Avant de parler de la Déclaration de Politique Générale du Premier ministre, pouvez-vous vous présenter à nos téléspectateurs ?

Fodé Samb : Merci beaucoup pour l’invitation.

Si je devais me présenter simplement, je dirais que je suis un peu un produit fabriqué entre l’Afrique et la Suisse, avec trois pays qui ont profondément marqué mon parcours : la Gambie, le Sénégal et la Suisse.

J’ai passé pratiquement toute ma scolarité primaire et secondaire en Gambie. Entre 1997 et 2008, j’ai étudié au Lycée sénégalais de Banjul.

Après l’obtention de mon baccalauréat en 2008, je suis retourné à Dakar pour intégrer l’Université Cheikh Anta Diop. J’y ai passé environ six années.

J’y ai obtenu une maîtrise en sciences économiques, puis j’ai entamé un Master 2 en méthodes statistiques et économétriques, que j’ai interrompu lorsque j’ai quitté le Sénégal pour venir en Suisse.

En Suisse, mon parcours s’est poursuivi notamment à l’Université de Neuchâtel, puis à l’École polytechnique fédérale de Zurich, l’ETH Zurich, au sein du programme NADEL, dans le domaine de la coopération internationale et du développement durable.

Professionnellement, j’ai également eu la chance de travailler dans des institutions comme l’École polytechnique fédérale de Lausanne et le Secrétariat d’État suisse à l’économie, notamment sur des questions liées au financement du développement, aux infrastructures et au climat.

Aujourd’hui, je me définis donc comme économiste, sociologue et spécialiste de la coopération internationale et du développement durable.

La Gambie m’a éduqué. Le Sénégal m’a donné mes racines et mes premières bases universitaires. Et la Suisse m’a énormément formé, soutenu et ouvert des portes.

J’ai également un lien personnel particulier avec la Suisse : ma femme est suisse, bernoise. Cela renforce naturellement mon attachement à la Suisse et, particulièrement, à Berne.

J’ai une reconnaissance particulière envers la Suisse parce que j’ai rencontré ici des personnes et des institutions qui m’ont fait confiance et qui m’ont également soutenu financièrement pendant certaines étapes de mes études.

Donc, lorsque je regarde aujourd’hui une politique publique sénégalaise, mon regard est forcément le résultat de toutes ces influences : la Gambie, le Sénégal et la Suisse.

E-MEDIA : Vous avez passé toute votre enfance scolaire en Gambie. Cela a-t-il influencé votre vision de l’Afrique ?

Fodé Samb : Énormément.

Quand vous êtes Sénégalais mais que vous grandissez en Gambie, vous comprenez très tôt que les frontières africaines ne racontent pas toute notre histoire.

La Gambie et le Sénégal sont deux États, mais les populations sont extrêmement proches. Les familles, les langues, les cultures et les réalités quotidiennes traversent les frontières.

J’ai donc grandi avec cette dimension régionale. C’est pourquoi je suis profondément reconnaissant envers la Gambie.

E-MEDIA : Après le baccalauréat, vous choisissez donc de revenir au Sénégal ?

Fodé Samb : Oui.

Après mon baccalauréat en 2008 au Lycée sénégalais de Banjul, je suis retourné à Dakar pour intégrer l’Université Cheikh Anta Diop. J’y ai passé environ six années.

J’ai obtenu ma maîtrise en sciences économiques, puis j’ai commencé un Master 2 en méthodes statistiques et économétriques.

Je voulais aller davantage vers l’analyse quantitative, parce qu’en économie nous pouvons avoir beaucoup d’intuitions et beaucoup d’opinions. Mais les statistiques et l’économétrie vous apprennent à poser une autre question : qu’est-ce que les données nous disent réellement ?

E-MEDIA : Votre première grande étape académique en Suisse est l’Université de Neuchâtel ?

Fodé Samb : Oui.

À l’Université de Neuchâtel, mon parcours s’est élargi vers la sociologie et les sciences sociales.

Et c’est précisément à l’Université de Neuchâtel que j’ai réalisé un travail de recherche sur les transferts de fonds de la diaspora africaine vivant en Suisse et leur contribution au développement durable.

Ma question était essentiellement : est-ce que ces transferts contribuent véritablement au développement durable à long terme, ou servent-ils surtout à répondre aux urgences quotidiennes des familles ?

E-MEDIA : Et qu’est-ce que vos recherches ont montré ?

Fodé Samb : Ce qui ressortait très fortement, c’est que la majeure partie de l’argent envoyé était utilisée pour satisfaire des besoins de première nécessité : la nourriture, les médicaments, la scolarisation des enfants, les frais de téléphone et d’internet, et les dépenses quotidiennes de la famille.

Ces transferts jouent donc un rôle social extrêmement important. Ils peuvent permettre à une famille de manger, à un enfant d’aller à l’école ou à quelqu’un de se soigner.

Mais mon analyse montrait aussi une limite : lorsque presque tout l’argent sert à répondre à l’urgence quotidienne, il reste relativement peu de ressources pour financer des investissements productifs à long terme.

E-MEDIA : Vous aviez également étudié les motivations des migrants ?

Fodé Samb : Oui. Il y avait évidemment la solidarité familiale, mais aussi une forte pression familiale, une dimension psychologique et, dans certains entretiens, une dimension religieuse.

Certains migrants considéraient qu’ils avaient une dette morale envers leur famille ou leur communauté : la famille les avait soutenus, parfois financé leur voyage, prié pour eux, et ils estimaient devoir à leur tour aider.

J’avais expliqué au journal Le Temps que certains Africains se privaient énormément pour continuer à envoyer de l’argent à leurs familles.

E-MEDIA : Votre étude avait donc aussi une forte dimension sociologique ?

Fodé Samb : Exactement.

Si vous regardez seulement les chiffres, vous voyez un transfert financier. Mais derrière les chiffres, il y a des relations familiales, des obligations sociales, des croyances religieuses, une histoire migratoire, une responsabilité envers les parents restés au pays et parfois une pression psychologique.

L’économie permet de mesurer les flux. La sociologie aide à comprendre pourquoi les individus prennent certaines décisions avec cet argent.

E-MEDIA : Il y a donc déjà à Neuchâtel un fil conducteur qui rejoint vos travaux ultérieurs ?

Fodé Samb : Oui.

À Neuchâtel, ma question était : l’argent arrive dans une famille, mais quel impact produit-il ?

Quelques années plus tard, à l’ETH Zurich : pourquoi l’argent destiné au climat arrive davantage dans certains pays que dans d’autres ?

Et ensuite au SECO : pourquoi financer tel projet, dans tel pays, avec quels risques et pour quels résultats ?

Le fil conducteur est finalement toujours autour de l’argent, son allocation et son impact sur le développement.

E-MEDIA : Puis vous êtes sélectionné à l’ETH Zurich. Pour ceux qui ne connaissent pas cette institution, qu’est-ce que l’ETH ?

Fodé Samb : L’ETH Zurich, c’est l’École polytechnique fédérale de Zurich. C’est une institution scientifique et technologique extrêmement prestigieuse.

Quand on parle de l’ETH, beaucoup de personnes pensent immédiatement à Albert Einstein. Il y a une anecdote que je trouve fascinante : Einstein lui-même a échoué à sa première tentative d’admission au Polytechnikum de Zurich en 1895.

Il avait seulement 16 ans. Il était déjà extrêmement fort en mathématiques et en sciences, mais ses résultats globaux ne lui ont pas permis d’être admis immédiatement.

Il a ensuite poursuivi sa formation secondaire à Aarau, obtenu sa maturité et intégré le Polytechnikum l’année suivante.

E-MEDIA : Donc même Einstein a été recalé à l’entrée ?

Fodé Samb : Oui !

Et je trouve cette histoire magnifique. Pas parce qu’il faudrait se comparer à Einstein – je ne me compare absolument pas à Einstein – mais parce qu’elle rappelle quelque chose d’important : un échec à un moment donné ne définit pas nécessairement la trajectoire d’une personne.

E-MEDIA : Et Einstein n’est pas le seul grand nom lié à cette institution ?

Fodé Samb : Non. Un autre personnage qui me fascine est John von Neumann.

C’était un mathématicien et scientifique exceptionnel, qui a également étudié à Zurich. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des grands pionniers de l’informatique moderne.

Son nom reste associé à ce qu’on appelle l’architecture de von Neumann, un modèle fondamental d’organisation de l’ordinateur qui a profondément influencé la conception des ordinateurs modernes.

E-MEDIA : Qu’est-ce que cela représentait personnellement pour vous ?

Fodé Samb : Je regardais surtout le chemin parcouru : Banjul, Dakar, Neuchâtel, puis Zurich.

Et je me disais : si j’ai eu accès à toutes ces connaissances, à toutes ces institutions et à toutes ces expériences, qu’est-ce que je peux en faire d’utile ?

Pour moi, le prestige d’une université n’a de sens que si ce que vous y apprenez peut ensuite être utile à la société.

E-MEDIA : Et vous êtes sélectionné dans un programme particulier de l’ETH, NADEL ?

Fodé Samb : Oui.

J’ai été sélectionné dans le programme NADEL, un programme historique de l’ETH Zurich dans le domaine de la coopération au développement.

Il a été créé en 1970 pour former des professionnels capables de travailler dans la coopération au développement. Historiquement, il accueillait notamment beaucoup d’ingénieurs et d’architectes, avant de devenir progressivement beaucoup plus interdisciplinaire.

Aujourd’hui, il est orienté vers la coopération internationale et le développement durable.

E-MEDIA : Et votre thèse à l’ETH Zurich porte sur le financement climatique ?

Fodé Samb : Oui.

Ma thèse portait sur les inégalités d’accès au financement climatique.

La question de départ était très simple : pourquoi un pays reçoit-il davantage de financement climatique qu’un autre ?

J’ai testé différents facteurs : niveau de richesse, gouvernance, développement humain, endettement, événements climatiques, émissions de carbone et autres indicateurs.

E-MEDIA : Donc un pays peut avoir énormément besoin d’argent et malgré tout recevoir peu de financements ?

Fodé Samb : Absolument.

Avoir besoin de financement ne suffit pas pour attirer du financement.

Il faut aussi créer les conditions permettant au financement d’arriver. La confiance institutionnelle devient donc un véritable actif économique.

E-MEDIA : Vous l’avez également constaté professionnellement au SECO ?

Fodé Samb : Oui, très concrètement.

J’ai travaillé au Secrétariat d’État suisse à l’économie dans le domaine du financement des infrastructures et du climat.

Dans ce type d’environnement, on apprend à poser systématiquement certaines questions : quel problème voulons-nous résoudre ? Qui va en bénéficier ? Combien coûte l’intervention ? Quels sont les risques ? Qui finance ? Le projet est-il soutenable ?

Et surtout : quel impact voulons-nous obtenir et comment allons-nous le mesurer ?

E-MEDIA : Venons-en à la Déclaration de Politique Générale. Quelle est votre première appréciation ?

Fodé Samb : Globalement, mon appréciation est positive.

Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est le changement de méthode annoncé par le Premier ministre.

Le cap reste Sénégal 2050, mais la méthode de conduite et de coordination des politiques publiques doit évoluer.

Nous devons passer progressivement d’une discussion essentiellement centrée sur la vision à une discussion également centrée sur l’exécution et les résultats.

E-MEDIA : Quelle différence faites-vous entre vision et exécution ?

Fodé Samb : La vision dit où nous voulons aller. L’exécution explique comment nous allons y arriver.

Avec quelles ressources ? Quelles priorités ? Quels projets ? Dans quel ordre ? Avec quel budget ? Qui est responsable ? Dans quels délais ? Avec quels indicateurs ?

C’est à ce moment-là que la vision devient une politique publique.

E-MEDIA : Une phrase du Premier ministre semble vous avoir particulièrement marqué.

Fodé Samb : Oui.

Le Premier ministre demande que le Gouvernement soit jugé sur son efficacité et sur ses résultats. Il annonce également des contrats de performance pour les ministres et une évaluation publique des projets.

Cela correspond au pilotage par les résultats.

E-MEDIA : Expliquez-nous cela simplement.

Fodé Samb : Prenons l’agriculture.

Le Gouvernement consacre 100 milliards de francs CFA à un programme. Les 100 milliards ne sont pas encore un résultat : ce sont des ressources.

Ensuite viennent les activités, les réalisations, puis les vraies questions : la production a-t-elle augmenté ? Le revenu des agriculteurs a-t-il progressé ? Les pertes post-récolte ont-elles diminué ? Avons-nous créé des emplois ?

Voilà les résultats.

E-MEDIA : C’est votre chaîne de résultats ?

Fodé Samb : Exactement.

Ressources, Activités, Réalisations, Effets et Impact.

Construire une école est une réalisation. Mais davantage d’enfants apprennent-ils mieux ? Ont-ils de meilleures opportunités ? Voilà l’impact.

E-MEDIA : Mais avant tout cela, comment savez-vous si vous avez choisi le bon projet ?

Fodé Samb : Avant de demander « quel projet allons-nous financer ? », il faut d’abord demander quel problème voulons-nous résoudre ?

Ensuite, il faut identifier ses causes et ses conséquences.

Et surtout se demander : sur quelles causes pouvons-nous agir, quelles conséquences devons-nous déjà prendre en charge et comment pouvons-nous agir simultanément sur les deux ?

Parce qu’une bonne politique publique ne consiste pas toujours à choisir entre traiter les causes et traiter les conséquences. Très souvent, il faut faire les deux.

E-MEDIA : Vous pouvez nous donner un exemple ?

Fodé Samb : Le changement climatique est probablement l’exemple le plus simple.

D’un côté, nous avons les causes, notamment les émissions de gaz à effet de serre. Agir sur ces causes, c’est ce qu’on appelle l’atténuation : réduire les émissions, développer les énergies renouvelables, améliorer l’efficacité énergétique ou protéger certains puits de carbone.

Mais le changement climatique produit déjà des effets : sécheresses, inondations, érosion côtière, pertes agricoles, épisodes de chaleur.

Il faut donc simultanément travailler sur les conséquences : c’est ce qu’on appelle l’adaptation et la résilience.

Par exemple développer une agriculture plus résistante aux sécheresses, protéger les zones côtières, améliorer les systèmes d’alerte, adapter les infrastructures ou renforcer la gestion de l’eau.

Donc vous avez deux mouvements complémentaires : agir sur les causes pour limiter le problème futur, et agir sur les conséquences pour protéger les populations aujourd’hui.

E-MEDIA : Quels outils permettent ensuite de structurer cette analyse ?

Fodé Samb : On peut utiliser une analyse PESTEL pour regarder les dimensions politique, économique, sociale, technologique, environnementale et juridique.

Puis une analyse SWOT : forces, faiblesses, opportunités et menaces.

Ensuite vient la théorie du changement : si nous faisons X, pourquoi cela devrait-il conduire à Y ?

E-MEDIA : Concrètement, qu’est-ce qu’une théorie du changement ?

Fodé Samb : Prenons l’agriculture.

Notre objectif est d’augmenter le revenu des agriculteurs. On pourrait décider de distribuer des tracteurs.

Mais il faut poser la question : pourquoi des tracteurs devraient-ils automatiquement augmenter les revenus ?

Peut-être que le problème principal est ailleurs : accès à l’eau, semences, financement, stockage, routes, transformation, accès au marché ou prix.

La théorie du changement oblige à rendre explicite le raisonnement qui relie nos interventions aux résultats que nous voulons obtenir.

E-MEDIA : Et les objectifs doivent être mesurables ?

Fodé Samb : Absolument.

Un objectif doit être suffisamment spécifique, mesurable, atteignable, pertinent et défini dans le temps.

Dire « nous allons améliorer l’emploi des jeunes » est une ambition. Dire « nous voulons faire passer tel indicateur de X à Y d’ici 2029 » permet réellement de piloter.

E-MEDIA : La DPG va-t-elle dans cette direction ?

Fodé Samb : Oui.

Le Premier ministre annonce une publication trimestrielle d’indicateurs accessibles, documentés et territorialisés ainsi qu’une évaluation annuelle des résultats, des écarts, des difficultés et des mesures correctives.

Je pense qu’il faut aller jusqu’au bout de cette logique : situation de départ, cible 2027, cible 2028, cible 2029, responsable, budget, source des données et mesures correctives.

E-MEDIA : Comment évaluer ensuite une politique publique ?

Fodé Samb : Avec notamment six critères : pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact et durabilité.

Aujourd’hui, on peut apprécier la conception de la DPG. Mais on ne peut pas encore juger véritablement son impact. L’impact viendra avec l’exécution et les données.

E-MEDIA : Sénégal 2050, rêve ou réalité ?

Fodé Samb : Il faut une part de rêve.

Un pays qui ne rêve plus ne se transforme plus.

Mais le rêve doit être relié aux ressources et aux capacités.

Rêvons, mais construisons le rêve étape par étape.

Sénégal 2050 doit devenir Sénégal 2027, Sénégal 2028, Sénégal 2029.

E-MEDIA : Et la dette ?

Fodé Samb : Elle nous oblige à prioriser.

Chaque grand investissement doit répondre à une question : avec les ressources limitées que nous avons, est-ce le projet qui produira le meilleur impact ?

E-MEDIA : Et les investissements internationaux ?

Fodé Samb : Je reviens à mon travail sur le financement climatique.

Les besoins ne suffisent pas. Les investisseurs regardent également la gouvernance, la stabilité, la qualité des institutions, les risques, la qualité des projets et la capacité d’exécution.

La confiance est un actif économique.

E-MEDIA : Qu’est-ce que la Suisse vous a appris ?

Fodé Samb : Énormément.

La Suisse m’a soutenu, formé et ouvert des portes.

J’apprécie sa stabilité institutionnelle, la culture du dialogue, le fédéralisme, la formation professionnelle, la recherche, l’innovation, la rigueur et la responsabilité.

Mais il ne s’agit pas de copier la Suisse. Il faut prendre ce qui fonctionne et demander : qu’est-ce qui est adaptable à la réalité sénégalaise ?

E-MEDIA : Votre lien avec la Suisse est également personnel et institutionnel. Pouvez-vous nous en parler ?

Fodé Samb : Oui.

Comme je l’ai dit, ma femme est suisse, bernoise. J’ai donc un lien personnel très fort avec Berne et avec la Suisse.

Mais ce lien est également institutionnel. Je suis Président et Fondateur de e-Peace, une ONG ayant son siège à Berne, avec une succursale à Genève et une branche de consulting à Dakar, e-Peace Afreeka SAS.

À travers ces différentes implantations, nous souhaitons contribuer à renforcer les passerelles entre la Suisse et l’Afrique, notamment dans les domaines de la coopération internationale, du développement durable, de l’investissement, de l’innovation et du conseil.

E-MEDIA : C’est aussi l’objectif du Forum international Suisse-Afrique ?

Fodé Samb : Exactement.

Nous préparons le Forum international Suisse-Afrique à Berne au printemps 2027.

L’idée est de rapprocher gouvernements, entreprises, investisseurs, universités, institutions financières, acteurs du développement, entrepreneurs et diasporas.

Et surtout de faire évoluer le narratif : l’Afrique ne doit pas venir uniquement demander de l’aide. Elle doit venir avec ses opportunités.

Construisons des partenariats mutuellement bénéfiques.

E-MEDIA : Et le Sénégal ?

Fodé Samb : Le Sénégal occupe naturellement une place importante dans nos réflexions.

Nous réfléchissons notamment à la possibilité d’associer le Président Bassirou Diomaye Faye comme Grand Parrain.

Nous considérons également l’option du Président Bola Ahmed Tinubu du Nigeria.

Mais je reste prudent : les démarches sont en cours. Tant qu’une autorité n’a pas officiellement confirmed, je ne veux rien présenter comme acquis.

E-MEDIA : Vos principales recommandations au Premier ministre ?

Fodé Samb :

· Renforcer le pilotage par les résultats. · Créer un tableau de bord public. · Associer chaque grand projet à des résultats mesurables. · Prioriser selon l’impact. · Mettre l’emploi des jeunes au centre. · Territorialiser les indicateurs. · Évaluer régulièrement. · Et surtout corriger rapidement ce qui ne fonctionne pas.

J’ajouterais : ne pas opposer systématiquement les politiques qui traitent les causes à celles qui répondent aux conséquences. Quand cela est nécessaire, il faut savoir faire les deux simultanément.

E-MEDIA : Votre mot de la fin ?

Fodé Samb : Je reviendrais à une question très simple.

Après une réforme, un programme ou un investissement de plusieurs milliards : est-ce que la vie du Sénégalais s’est améliorée ?

C’est cela le développement.

À Neuchâtel : l’argent de la diaspora arrive, mais quel impact produit-il ?

À l’ETH Zurich : pourquoi certains pays attirent-ils davantage de financement climatique que d’autres ?

Au SECO : pourquoi financer tel projet, avec quels risques et pour quels résultats ?

Et aujourd’hui, pour le Sénégal : avec les ressources dont nous disposons, quel changement concret voulons-nous produire dans la vie des populations ?

La Gambie m’a donné une grande partie de mon éducation. Le Sénégal m’a donné mes racines et mes premières bases universitaires. La Suisse m’a énormément formé, soutenu et ouvert des portes.

Rêvons, oui. Mais planifions, priorisons, finançons, exécutons, mesurons et corrigeons.

Et faisons en sorte qu’au bout de cette chaîne, le Sénégalais puisse réellement sentir le changement dans sa vie.

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