
Après cinq années de mise en œuvre, de 2022 à 2026, le projet « Égalité des genres par l’agroécologie menée par les femmes en Afrique de l’Ouest » (Égal-AO) affiche des avancées significatives dans l’autonomisation des femmes en milieu rural au Sénégal. Coordonnée par Inter Pares et portée par l’organisation Enda Pronat, cette initiative a contribué au renforcement du leadership féminin, au développement des activités économiques et à une meilleure implication des femmes dans les instances de décision, notamment dans les zones de Diouloulou, de Djibor et de Koussanar.
Chargée de projets à Enda Pronat, Madame Pauline Ndiaye revient sur les principaux acquis de cette initiative, qui a placé l’égalité de genre et l’agroécologie au cœur de ses interventions. « Au plan politique, mais aussi au plan économique, toutes les activités que nous avons mises en œuvre dans le cadre de ce projet visaient le renforcement au niveau de ces deux domaines », explique-t-elle. L’accompagnement a notamment porté sur le plaidoyer, la prise de parole, la connaissance des droits des femmes, ainsi que le développement des compétences en agroécologie et en commercialisation.
Au terme de ces cinq années, l’un des résultats les plus marquants concerne l’évolution des femmes sur le plan individuel et collectif. Selon Pauline Ndiaye, les bénéficiaires ont gagné en confiance, en capacité d’expression et en leadership. « Nous avons eu une transformation des femmes. Une transformation des femmes au niveau individuel, en ce sens que leur leadership a été accru, également plus de facilité à prendre la parole, plus de confiance en elles », souligne-t-elle.
Cette dynamique a également favorisé la structuration des organisations féminines. Plusieurs d’entre elles ont pu se formaliser, améliorer leur gouvernance et renforcer leurs capacités à porter des revendications auprès des autorités locales. L’objectif est de permettre aux femmes de mieux faire entendre leurs préoccupations et de participer davantage aux décisions qui concernent leurs communautés.
L’impact du projet se traduit aussi par une progression de l’influence des femmes dans leur environnement social. Leur capacité à intervenir dans les décisions familiales, communautaires et institutionnelles s’est renforcée. Cette évolution, que la chargée de projets qualifie d’augmentation de « l’agentivité », témoigne d’une participation plus active des femmes à la vie collective.
Sur le plan économique, les résultats se manifestent notamment par l’augmentation des revenus et des rendements agricoles, l’amélioration des connaissances techniques et le renforcement des compétences en gestion. Le projet a également contribué à améliorer l’accès de certaines femmes à des ressources essentielles, notamment au foncier, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour le développement d’activités génératrices de revenus.
Ces avancées reposent sur la mobilisation de nombreux acteurs locaux. Les services techniques, l’administration territoriale, les municipalités, les chefs de village, les organisations non gouvernementales locales et les partenaires ont été associés à la mise en œuvre des activités. Le projet a également misé sur l’implication d’hommes engagés en faveur des droits des femmes, désignés comme des « hommes champions », afin de favoriser l’évolution des pratiques et des perceptions au sein des communautés.
Malgré les progrès enregistrés, plusieurs défis demeurent. Pour Pauline Ndiaye, la consolidation des acquis économiques constitue une priorité. « Les résultats sont là, mais il y a encore des défis. Les défis au plan économique, parce que tous ces résultats-là doivent être consolidés », prévient-elle.
L’accès aux ressources productives reste notamment une difficulté majeure, particulièrement dans la zone de Djibor, confrontée à une raréfaction des ressources foncières. Or, selon Enda Pronat, la disponibilité de terres et de moyens de production est indispensable au développement de l’agriculture, à la transformation des produits et à la création de revenus durables pour les femmes.
La question des débouchés commerciaux représente également un enjeu important pour la pérennisation des activités agroécologiques. Au-delà de la production, les femmes doivent pouvoir accéder à des marchés capables de valoriser leurs produits. « Le plaidoyer ici, je reviens, c’est par rapport à l’accès aux ressources, je pense que c’est la base. Que ce soit pour l’agriculture, que ce soit pour la transformation, tout ça, il faut des ressources », insiste la chargée de projets. Elle souligne également la nécessité de relever collectivement le défi de la commercialisation afin de donner davantage de perspectives à l’agroécologie.
Les besoins en équipements, notamment pour les jardins, constituent un autre obstacle. Leur valorisation exige des investissements importants, alors que les femmes doivent souvent composer avec une charge de travail quotidienne considérable. L’amélioration de leurs conditions de production passe ainsi par un meilleur accès aux équipements, mais aussi par une répartition plus équilibrée des tâches domestiques et agricoles au sein des ménages.
À ces contraintes s’ajoute la nécessité de concrétiser les engagements pris par les autorités et les décideurs lors des ateliers de concertation. Pour les acteurs du projet, la traduction de ces engagements en actions concrètes demeure essentielle pour garantir la continuité des changements amorcés.
Enfin, la transformation des normes sociales et des pratiques traditionnelles reste un travail de longue haleine. Si l’implication des hommes champions a contribué à soutenir les femmes et à encourager des évolutions au sein des communautés, les efforts doivent se poursuivre. « Les traditions ne changent pas aussi facilement », rappelle Pauline Ndiaye, qui souligne la nécessité de mobiliser davantage d’hommes sensibles à la cause des femmes.
Au terme de cette période de mise en œuvre, le projet Égal-AO laisse ainsi entrevoir des perspectives encourageantes pour l’autonomisation des femmes rurales et le développement de l’agroécologie au Sénégal. Toutefois, la pérennité de ces acquis dépendra notamment de l’accès durable aux ressources foncières et productives, du renforcement des circuits de commercialisation, de la concrétisation des engagements institutionnels et de la poursuite des efforts en faveur de l’égalité de genre.
Emedia
Photos : Pape Doudou Diallo







