La réception, ce lundi 7 septembre 2026, du Boeing 737-800 baptisé « Gorée » n’est pas un événement anodin. Elle intervient à un moment où le Sénégal cherche à redonner de la force à sa compagnie nationale et à mieux connecter ses territoires. Sur le tarmac de l’Aéroport international Blaise Diagne, ce nouvel appareil est venu rappeler une évidence : un pays qui veut avancer doit aussi pouvoir mieux se déplacer, mieux relier ses régions et mieux s’ouvrir au monde.
Cette acquisition s’inscrit dans la politique conduite par le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar FAYE et par le ministre des Transports terrestres et aériens, Abdoul Ahad NDIAYE. Mais, au-delà des autorités et de la cérémonie, c’est surtout l’utilité de cet avion qu’il faut regarder. Pour moi, la vraie question est simple : qu’est-ce que cette acquisition va changer pour les Sénégalais, pour les voyageurs, pour les professionnels, pour nos régions ?
En tant que professionnel du tourisme, je regarde naturellement cette arrivée avec un intérêt particulier pour la Casamance. Ici, nous savons ce que signifie l’éloignement. Nous savons aussi ce que peut représenter une liaison aérienne régulière lorsqu’il faut rejoindre Dakar pour travailler, étudier, se soigner, voir sa famille ou développer une activité.
Le Boeing 737-800 dispose de plus de 170 sièges et peut effectuer des liaisons court et moyen-courrier. C’est un appareil qui peut donner davantage de souplesse à Air Sénégal, en renforçant certaines fréquences et en élargissant, à terme, les possibilités de desserte. Mais il faut le dire clairement : un avion, à lui seul, ne règle pas les problèmes d’une compagnie. Ce qui compte pour les usagers, ce sont aussi la régularité des vols, la ponctualité, les tarifs, l’accueil, le service et la fiabilité.
Gorée, bien plus qu’un nom
Le choix du nom « Gorée » mérite lui aussi d’être souligné. Il touche à notre histoire, à notre mémoire et à ce que le Sénégal représente au-delà de ses frontières. Ce n’est pas un nom neutre. Il parle à notre identité nationale, mais il parle aussi au monde.
Le ministre Abdoul Ahad NDIAYE, l’a résumé en évoquant « une part de notre histoire, de notre mémoire et de notre ouverture au monde qui prend son envol ». Cette formule dit bien ce que peut représenter cet appareil, au-delà de sa fonction de transport.
Avec la livrée des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026, le « Gorée » devient aussi un support de visibilité pour le pays. À l’approche de cet événement, le Sénégal sera davantage regardé. Son image, sa capacité d’accueil et la qualité de ses infrastructures compteront. Le tourisme est directement concerné, car une destination n’existe pas seulement par sa beauté ou son patrimoine. Elle existe aussi par la facilité avec laquelle on peut y accéder.
Pour la Casamance, l’enjeu est très concret
C’est là que la question devient essentielle pour Ziguinchor et pour toute la Casamance. La reprise des vols commerciaux a déjà apporté un changement important. Elle a rapproché la région de Dakar et redonné de la visibilité à un territoire qui reste encore trop souvent pénalisé par la distance.
Le potentiel touristique de la Casamance n’est plus à démontrer. Cap Skirring, Oussouye, Ziguinchor, les bolongs, les paysages, les traditions, l’artisanat, la culture et le patrimoine constituent des richesses réelles. Pourtant, le potentiel ne suffit pas. Encore faut-il que les visiteurs puissent venir facilement, que les investisseurs puissent se déplacer sans difficulté et que les populations elles-mêmes puissent circuler dans de meilleures conditions.
C’est pour cela que le renforcement de la flotte d’Air Sénégal peut avoir du sens pour notre région. Si cette dynamique permet davantage de rotations, une meilleure régularité et une offre plus accessible, alors elle pourra soutenir le tourisme, le commerce, les déplacements professionnels et, plus largement, l’activité économique locale.
Mais il faut éviter les discours trop faciles. Le désenclavement ne se résume pas à l’arrivée d’un nouvel appareil. Il suppose une politique suivie, des infrastructures adaptées, des vols réguliers et des choix économiques cohérents. C’est sur la durée que nous verrons si cette avancée change réellement les choses.
Soutenir ce qui avance, exiger ce qui manque
Dans notre pays, le débat politique pousse parfois à choisir entre deux attitudes : tout applaudir ou tout rejeter. Je pense que cette manière de faire ne nous aide pas.
Quand une décision est bonne pour le Sénégal, il faut pouvoir le dire. Quand elle est insuffisante, mal appliquée ou mal pensée, il faut aussi savoir le dire. L’engagement politique ne devrait jamais nous empêcher de regarder les faits avec sérieux.
L’arrivée du « Gorée » est une avancée. Elle s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer Air Sénégal, après l’annonce, en novembre 2025, d’une commande de neuf Boeing 737 MAX. C’est une orientation qui mérite d’être suivie avec attention, parce que notre compagnie nationale a besoin de stabilité, de rigueur et d’une véritable vision à long terme.
Pour nous, à Kiiraay, les Patriotes Républicains, la question reste la même : est-ce que les choix publics améliorent concrètement la vie des Sénégalais ? C’est à partir de là que nous devons juger une politique.
Servir le pays, ce n’est pas seulement défendre un camp. C’est aussi savoir reconnaître une avancée lorsqu’elle existe, tout en restant exigeant sur les résultats. C’est défendre Ziguinchor sans l’opposer au reste du Sénégal. C’est vouloir davantage pour la Casamance tout en pensant à l’équilibre national.
Le Boeing 737-800 « Gorée » ne changera pas, à lui seul, l’avenir du transport aérien sénégalais. Mais il peut devenir un outil utile, s’il s’inscrit dans une politique cohérente et durable.
C’est ce que nous devons attendre aujourd’hui : moins de symboles isolés, davantage de résultats ; moins de promesses, davantage d’impact dans la vie des citoyens.
C’est à cette condition que cette nouvelle page prendra tout son sens.
M. Oumar GNING
Responsable politique de Kiiraay, les Patriotes Républicains à Ziguinchor
Spécialiste du Tourisme et du Patrimoine







